Rechercher

Le monde de demain est collaboratif. Le monde compétitif est déjà terminé

L'homme par son égoïsme trop peu clairvoyant pour ses propres intérêts, par son penchant à jouir de tout ce qui est à sa disposition, en un mot par son insouciance pour l'avenir et pour ses semblables, semble travailler à l'anéantissement de ses moyens de conservation et à la destruction même de sa propre espèce.
Jean-Baptiste de Lamarck


Le monde de demain est déjà celui d'aujourd'hui. Un monde où la collaboration prime sur la compétition.


Transformation, évolution


Le 18 décembre 1829, Jean-Baptiste de Lamarck s’éteint à Paris à l’âge de 85 ans. Ce brillant naturaliste vient de passer des années difficiles. Risée de ses confrères, il a dû affronter le mépris de Darwin et les vexations de Napoléon Ier. De fait, bien que disposant d’un revenu confortable et d’un hébergement au Muséum dus à une carrière scientifique reconnue et à une vie de travail colossal, il est enterré dans la fosse commune. Pourtant, outre le fait d’avoir fondé la biologie, Jean-Baptiste de Lamarck est le premier naturaliste à avoir proposé une théorie de l’évolution, dès le début du XIXe siècle. Il lui donne un nom : le transformisme. A l’opposé de la théorie darwinienne, qui décrit un monde où la lutte – et l’adaptation par la sélection naturelle (1) – est la fonction première de la survie, Lamarck décrit un monde où la clé de la survie des espèces est la collaboration.


Pour Lamarck, le monde vivant et sa survie sont basés sur une collaboration dynamique et symbiotique.

Pour replacer l’affaire dans son contexte historique, les deux hommes poursuivent deux objectifs – deux projets scientifiques - différents : Lamarck cherche une explication physique de l’être vivant. Il veut comprendre en quoi les êtres vivants se distinguent des éléments inanimés, objets d’étude des sciences physiques. Notons qu’en scientifique rationaliste et bien qu’ayant fait ses études chez les Jésuites, Lamarck considère que Dieu – ici pris au sens religieux du terme - n’est pas la puissance qui a créé le monde tel que nous le voyons actuellement.

La théorie matérialiste de Lamarck décrit d’une part la nécessité de l’évolution chez les êtres vivants (elle est nécessaire pour expliquer la présence des êtres vivants complexes et diversifiés) et d’autre part définit l’évolution comme une démarche de coopération entre les organismes et leur environnement. Pour Lamarck, le monde vivant et sa survie sont basés sur une collaboration dynamique et symbiotique : l’évolution est une solution contributive pour restaurer l’harmonie et l’équilibre afin que les organismes restent en phase avec leur environnement.

L’évolution est une solution contributive pour restaurer l’harmonie et l’équilibre afin que les organismes restent en phase avec leur environnement.

Visionnaire, il croit dans la transmission des caractères acquis (2), c'est-à-dire, qu’en réponse aux défis de son environnement, un organisme acquiert au courant de sa vie des caractéristiques qu’il transmet à sa descendance, aidant en cela la survie de l’espèce.


Pour Darwin, l’évolution des espèces est due à des mutations aléatoires du patrimoine génétique et que la sélection naturelle est due au hasard.

Darwin, lui, ne se préoccupe pas de savoir ce qu’est un être vivant mais poursuit un objectif très précis : réfuter le créationnisme qu’il s’est vu enseigner à Cambridge lors de ses études, l’intervention divine dans la production des espèces. Au contraire de Lamarck dont les travaux mettent l’accent sur les liens et la collaboration entre les êtres vivants, il reprend l’idée que l’être vivant est comme une machine et remplace l’intention divine par le mécanisme non-intentionnel et non-personnel de la sélection naturelle. Ses travaux marqueront le début du courant dit « évolutionniste » encore actuellement en vigueur, en partie pour l’importance qu’elle donne au hasard génétique. Pour Darwin, en effet, les mutations d’une espèce sont dues au hasard -. Il faut savoir qu’aujourd’hui encore, la nécessité théorique de l'évolution mise en avant par Lamarck est méconnue de la majeure partie des évolutionnistes et que la vision de Lamarck est contraire à la synthèse évolutionniste encore acceptée actuellement – dite « néodarwinienne » -.

Théorie en vogue jusqu’aux années 2000, le néodarwinisme, synthèse généralement adoptée par la communauté scientifique depuis les années 1930-1940 intègre différentes théories, dont celle de Darwin et celles du moine botaniste Gregor Mendel sur les mécanismes de l’hérédité, dont les travaux datent… du XIXe siècle. Elle postule en résumé que l’évolution des espèces est due à des mutations aléatoires du patrimoine génétique et que la sélection naturelle est due au hasard.


La première pierre contributive des deux théories (le transformisme de Lamarck, véritable théorie de l’évolution et l’évolutionnisme de Darwin, transformation adaptative des espèces) est le fait d’avoir apporté des contre-arguments irrémédiables au fixisme, qui définissait à la fois l’univers et les espèces – animales et végétales - comme « fixes » et sans transformation.

Les deux hommes ont aussi pour point commun d’avoir réalisé un travail titanesque et méthodique d’observation des espèces et de transcription.


Au fil du temps, la communication active et intelligente de Darwin, reprise par toute la communauté scientifique contre la vague créationniste très en vogue aux Etats-Unis depuis le début du XXe siècle (3), a définitivement écarté les théories Lamarckiennes. Les scientistes, font alors de "L'origine des espèces" leur nouvel Évangile.


Mais un fait restait non résolu : aucune des deux théories n’avait été véritablement prouvée par l’expérience, sinon, pour la théorie évolutionniste, une ébauche, appelée « preuve par accumulation de faits » ou « effet de puzzle ».


Les découvertes du domaine de l’épigénétique montrent que si Lamarck n’avait pas exactement décrit l’évolution telle qu’elle se dessine, sa perspective en est au final radicalement plus proche que celle de Darwin.

Par un curieux hasard que la vie sait nous réserver, c’est de Cambridge (siège des études de Darwin) que viendra la première réhabilitation sérieuse de Lamarck dans les années 1970 sur des recherches conduites depuis les années 1940.


Conrad Waddington, biologiste, paléontologue et généticien britannique décrit à cette époque le concept d’assimilation génétique c’est-à-dire l’assimilation d’une réponse à un stress environnemental directement dans le génome. Il montre ainsi que l’hypothèse de Lamarck sur le principe de l’hérédité des caractères acquis peut intervenir en biologie du développement. Il utilise alors le terme « épigénétique » (littéralement « au-dessus du gène » (4)) pour mettre en exergue le fait que cette influence, ce stress environnemental, semble se produire en dehors du gène lui-même tout en impactant le développement de l’être vivant dont la réponse (l’évolution) devient partie de son héritage : les changements, les caractéristiques acquises sont assimilés par les générations suivantes de l’espèce.


Les découvertes du domaine de l’épigénétique des décennies suivantes montreront que si Lamarck n’avait pas exactement décrit l’évolution telle qu’elle se dessine, sa perspective en est au final radicalement plus proche que celle de Darwin.


Et si Darwin s’était trompé ?

Si à l’époque, Waddington doit essuyer les foudres de nombre de ses confrères (qui le taxent d’être « néo lamarckien » - suprême insulte), on sait que l’épigénétique a connu depuis un développement fulgurant en termes de connaissances et découvertes. Ces moyens épigénétiques d'adaptation d'une espèce à son environnement constituent même selon le scientifique français Joël de Rosnay en 2011 « la grande révolution de la biologie de ces 5 dernières années (5) » car elle montre que dans certains cas, notre comportement agit sur l'expression de nos gènes.


Mais c’est le professeur Didier Raoult, chercheur en microbiologie, directeur de l'unité de recherche en maladies infectieuses et tropicales émergentes à la faculté de médecine de Marseille et découvreur des virus géants qui en 2011 lance un pavé dans la mare en suggérant « et si Darwin s’était trompé ? » dans son livre choc, Dépasser Darwin.


Pour lui, le dogme darwinien est tout simplement en train de voler en éclat.

D’une part les dernières découvertes – en 2010 - montrent que l’humain descend non seulement de l’Homosapiens mais aussi de l’homme de Néandertal (duquel viennent 1 à 4% de nos gènes), donc l’arbre généalogique de l’espèce humaine, le fameux « arbre de Darwin » n’est plus valable. Pour le professeur Raoult, « l'idée du tronc commun avec les espèces qui divergent comme des branches » est même « un non-sens » (6).


Ensuite, alors que pour Darwin chaque nouvelle espèce apparait par l’adaptation des espèces existantes, il s’avère que la nature continue d’inventer des espèces. Cet aspect a également été démontré par deux scientifiques de Princeton, Rosemary et Peter Grant, dans une étude conduite sur une période de 40 ans qui permet de conclure que nous pouvons suivre l'émergence de nouvelles espèces dans la nature. C’est surtout le dogme que constitue l’évolutionnisme qui est là pointé du doigt.


L’idée ici n’est évidemment pas de discréditer le travail de Darwin mais bien de mettre en cause le fait qu’il ait pu être érigé en dogme immuable, ce qui est par ailleurs tout à fait contraire à l’esprit premier de la science, (...) en mouvement perpétuel de connaissances se balayant les unes puis les autres. Les avancées de l’épigénétique montrent aujourd’hui que c’est bien Lamarck, et non Darwin, qui avait la bonne vision au moins sur un point : le développement d’un être vivant dépend de ses liens et de ses échanges avec le monde extérieur (l’environnement) et non exclusivement de son code génétique.


On pourrait imaginer que le fait que Lamarck soit devenu aveugle à la fin de sa vie puisse être la métaphore de l’aveuglement de ses contemporains à ses découvertes plus que le résultat d’une vie passée l’œil rivé au microscope.




(1) L'évolution et la complexification des êtres vivants est le produit du hasard des variations et de la sélection naturelle et n'a aucune nécessité théorique.

(2) Darwin évoque la transmission des caractères acquis, dans « La variation des animaux et des plantes sous l'effet de la domestication » paru en 1868 sans se prononcer sur sa réalité.

(3) De nombreux et célèbres procès opposant évolutionnistes et créationnistes ont émaillé tout le XXe siècle des États-Unis. L’antagonisme demeure très fort en ce début de XXIe siècle.

(4) Le terme "épigenèse" - de épi-, "au-dessus de", et genèse, "génération" – est dû à Aristote, précurseur absolu, vers 350 avant notre ère.

(5) Émission « Une hérédité des caractères acquis ? » Sur les épaules de Darwin, radio France inter, 13 septembre 2014.

(6) Interview dans l’hebdomadaire français Le point du 12/12/2011.


#rationalisme #scientifique #lesbases

Point zéro : là où les découvertes scientifiques, rejoignent les savoirs ancestraux.


Autres posts sur l'univers holographique.